Dimanche 9 septembre 2007
Qu’il est dur d’être un homme


Et Jacob arriva, fuyant la fureur de son frère Esav en la demeure de son oncle Laban. Il devait s’y cacher, pour éviter que son frère ne le tue. Il avait en effet tromper son père Isaac pour recevoir de lui la bénection normalement destinée à son frère ainée.

Arthur, après son long périple, arriva enfin en les terres de son oncle et Suzerain Richard. Une affaire urgente l’y avait en effet conduit : la belle et douce Alienor avait été kidnappée par un ogre et enfermée dans un donjon gardé par un monstrueux dragon.

Alex, après avoir longtemps hésité se demandait s’il n’était pas enfin le moment de se consoler de sa rupture et d’aller proposer à la fille du premier étage d’aller manger une glace… Mais finalement, il préféra reporter cela à demain.

Laban avait deux filles : La cadette, l’éblouissante Rachelle, magnifiquement belle, dotée d’un caractère de feu et d’une fougue unique, et l’ainée la douce Léa, timide et travailleuse. Jacob tomba fou amoureux de Rachelle. Son oncle lui proposa de lui offrir sa fille en mariage s’il travaillait sept ans pour lui. Jacob accepta.

Dans la salle du trône, nombre de gentilshommes et de belles dames étaient présents. Arthur alla s’agenouiller au pieds de son oncle. « Tu iras sauver la belle Alienor, ma fille et je te la donnerai ensuite en mariage ». Arthur repartit, le cœur plein de doute et de peur. Que lui demandait-on d’aller risquer sa vie pour une demoiselle qu’i ne connaissait pas, qu’il n’avait même jamais vue.

Camille habitait au premier étage de son immeuble. Elle était en deuxième année à la Sorbonne, et étudiait la philosophie. Qu’allait-il bien pouvoir lui raconter ??? Lui à la rigueur, il s’y connaissait un peu en mathématique, mais alors en philo !!!! Jamais elle n’accepterait de sortir avec lui. Elle était trop belle, trop cultivée, il n’avait aucune chance. Il devait se montrer fin, spirituel, avoir de la répartie, de la culture. Alex ne comprenait pas pourquoi aujourd’hui toutes les filles attendait un homme parfait, un prince charmant, beau riche intelligent, délicat… Avant à l’époque, elle prenait ce qu’on leur présentait ! Aujourd’hui pour séduire la moindre donzelle il fallait être parfait… Comme il regrettait de n’être pas né quelques siècles plus tôt.
Sur ces sombres pensées, il repoussa une fois encore le moment fatidique où il ferait sa déclaration.

Jacob fut les sept ans qui suivit, le serviteur soumis de Laban. Du lever du soleil à la tombée du jour, il travaillait d’arrache pied afin de pouvoir ensuite épouser la femme de sa vie. Il partait nourrir le bétail, chercher l’eau au puit, cultiver les fruits et les légumes. Jamais il n’eut un instant de relâche, seul son amour le guidait.

Arthur déboucha à la lisière de la forêt. Au loin, une montagne noire dont le sommet se perdait haut de le ciel, au delà des nuages. Il savait qu’en haut se trouvait le donjon où était retenue prisonnière la princesse Alienor. Courageusement, il entreprit la montée jusqu’au sommet. Il prit cependant garde à ne pas se laisser surprendre par le dragon.

Alex alla voir sa copine Andréa. Il lui fallait des conseils. Que dire ? Que faire ? S’il lui proposait un cinéma, ne le prendrait-il pas pour un pervers sûr de lui qui n’a pas de sentiment ? S’il l’invitait simplement à prendre une glace comprendrait-elle qu’il s’interesse à elle ? Andréa lui conseilla d’abord de se calmer. « Avant tout, il faut que tu sois gentil et naturelle ». Il était bien avancé…

Enfin le jour J arriva. Sous son voile de mariée avançait sa future. Jacob vivait le plus beau jour de sa vie. Après les formules d’usage, il leva le voile blanc pour embrasser sa promise. Horreur ! C’était Léa. Laban l’avait trompé. Pauvre Léa complice à son grand regret d’une tromperie contre l’homme qu’elle aimait de tout son cœur en secret. Comme elle aurait voulu trouver grâce au cœur de Jacob. Mais celui çi n’avait d’yeux que pour Rachelle. Il était si épris qu’il accepta de travailler à nouveau sept ans pour Laban afin d’épouser Rachelle.

Arthur arriva au sommet de la montagne. Devant lui se dressait fièrement le donjon, apparamment imprenable. Soudain il sentit derrière une souffle chaud à l’odeur execrable. C’était le dragon. Une lutte entre eux s’engagea, terrible. Elle dura toute la nuit puis toute la journée du lendemain. Enfin après un combat héroïque, Arthur vint à bout du terrible dragon.

Alex avait passé la nuit à méditer de quelle manière faire sa déclaration. Il avait finalement décidé d’aller voir Camille le lendemain, et lui proposer une glace. Il mit longtemps à s’endormir.

Pendant sept ans, Jacob travailla dur. Heureusement il trouva du réconfort en sa douce femme Léa qu’il aimait de plus en plus de jour en jour et qui lui donnait de beaux et vigoureux enfants. Il était cependant toujours décidé à épouser la femme élue de son cœur Rachelle.

Arthur grimpa à mains nues les murs du donjon, pour monter jusqu’à la dernière fenêtre. Là il trouva la belle Alienor, allongée dans son lit, endormie. Il s’approcha d’elle l’embrassa. Elle se réveilla alors, et descendit à ses côtés les étroits escaliers du donjon. Puis ensemble ils chevauchèrent jusqu’au château du roi Richard. Là ils se marièrent.

Alex inspira profondément, et sonna à la porte de Camille. La jeune fille, brune et fraiche lui ouvrit la porte, lui demanda ce qu’il voulait.
« Heu… voilà… heu… ça te dirait demain après-midi de venir manger une glace avec moi ? »
« Non demain, je ne peux pas, et puis les glaces… c’est mauvais pour mon régime. T’aurais pas un truc plus sympa, je sais pas, aller au théâtre par exemple. De toute façon vous les mecs dès qu’il faut être un minimum gentleman il n’y a plus personne… »
Alex ne savait quoi répondre. Son visage avait prix la couleur pivoine, ile se sentait horriblement idiot.

Et c’est ainsi que Jacob se retrouva l’heureux mari de deux femmes merveilleuses : la femme pour qui il eut le coup de foudre et celle qu’il avait appris à aimer.

Arthur et Alienor eurent du mal à s’entendre au début. Arthur était grossier, ne pensait qu’à la chasse et aux batailles tandis qu’Alienor se passionnait de poésie. Ils apprirent néanmoins à se connaître. A présent qu’ils étaient mariés, ils devaient apprendre à s’accepter l’un l’autre. Finalement, Aliénor découvrit en son mari un homme travailleur et fort, qui jamais ne la laissa elle et ses enfants dans le besoin. Il était fiable, jamais il ne la trompa. D’année en année elle s’ éprit de lui et fut bientôt femme épanouie d’une homme qu’elle avait appris à aimer. De la même façon, Arthur avait compris que derrière les manières pédantes et méprisantes de sa femme se cachaient une profonde sensibilité, du courage et de la force de caractère. Il découvrit en elle une bonne mère douce et dévouée. Lui aussi au fil du temps se mit à l’aimer du plus profond de son cœur.

Alex fut d'abord très affecté par cette triste expérience. Heureusement quelques semaines plus tard, il rencontra une jolie petite brunette qui lui sauta presque littéralement au cou. Ils eurent ensemble une charmante histoire. Camille, elle, resta longtemps seule. Puis lorsqu'elle eut 28 ans elle proposa à un garçon qu'elle ne connaissait qu'à peine et qui n'avait finalement pas grand chose de l'homme idéal qu'elle avait toujour attendu, de l’épouser. « Après tout il est grand temps de se poser lui déclara-t-elle et puis j’aimerais avoir un enfant ». Ils se marièrent, eurent deux enfants. Puis divorcèrent dix ans plus tard.


par Jess publié dans : Nouvelles
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Vendredi 3 août 2007
Sauvés

Cela faisait trois ans déjà que les allemands avaient envahi mon joli petit pays, le Danemark. Grâce au courage et à la ténacité de mon roi, nous n’avions pas encore eu trop de problèmes. Il semblait assez clair qu’Hitler voulait éviter un bain de sang dans ces terres nordiques, aryennes s’ils en étaient… Cependant depuis un certain temps, je sentais autours de moi une agitation suspecte, des rumeurs se répandaient… quelque chose allait se passer. Je n’oublierai jamais cette journée de Septembre où je fus sauvée, moi et toute ma famille.
Ce jour là, beaucoup de travail m’attendait : le soir devait être Rosh Hashana, le nouvel an juif, et malgré la guerre, la peur et le rationnement, je voulais offrir à mes enfants une belle soirée. Je me mis donc très tôt à mes fourneaux. Vers midi, mon mari rentra plus tôt que prévu. Jamais je ne l’avais vu dans un état pareil. Les yeux exorbités, le souffle court, il entra dans la cuisine, ferma la porte derrière lui.
« C’est pour ce soir… déclara-t-il d’une voix étrangement calme, presque morte.
- Quoi donc ?
- La rafle. L’information a filtré dans les cercles de la résistance danoise. Nous devons tous nous retrouver à la synagogue ce soir, trois heures avant l’heure de Rosh Hashana..
- Que va-il se passer ? Comment allons-nous faire ?
- Je ne sais pas. Ils m’ont dit de venir ce soir avec toute ma famille, une action va être tentée. Continue à faire comme si de rien n’était je ne veux pas inquiéter les enfants. Je monte préparer une valise avec nos affaires les plus indispensables, nous n’aurons sans doute pas la possibilité d’emporter grand chose ».
Il ferma la porte. Je continuai à éplucher mes pommes de terre, sachant à présent que personne ne les mangerait. Je pleurai. En plus du rôtie que j’avais prévu, je préparai quelques sandwichs qui ne seraient probablement pas de trop si la nuit devaient être aussi dure et terrifiante qu’elle s’annonçait alors. Vers cinq heure j’habillai mes deux fils Martin et Daniel huit et dix ans de leurs plus belles tenues, comme je le faisais toujours pour les fêtes. Puis en famille, nous prîmes les petites rues du centre ville pour nous rendre à la synagogue. Mon mari avait pris la plus légère de nos valises, il ne devait pas s’y trouver quoi que ce soit de superflu. Moi j’emportai dans mon sac quelques provisions. La synagogue avait toujours été bien assez grande pour la communauté de Copenhague, peu nombreuse, sept milles âmes, et peu fervente. Mais ce jour là, elle était tellement bondée que je me demandais même si nous arriverions à tous nous y caser. Exceptionnellement, je montai avec mes garçons à l’étage d’ordinaire réservé aux femmes. Je n’avais pas le courage de m’éloigner d’eux et puis il y avait tout de même un petit peu moins de monde en haut.
Vers six heure le rabbin se présenta devant l’ehal, l’armoire où se trouve les rouleaux de la torah. Il était accompagné de deux hommes que je n’avais jamais vu auparavant.
«  Dieu ce soir, a décidé de nous soumettre à une rude épreuve. C’est cette nuit, alors que nous aurions dû être dans nos foyers à fêter en famille le nouvel an, que les nazis ont décidé de faire une grande rafle pour nous conduire vers des camps de travail et de mort en Pologne. Grâce à dieu, l’information a été interceptée par des membres de la résistance, et nous avons eu le temps d’organiser un moyen de fuite. Tout au long de la soirée, des camions vont vous prendre et vous emmener vers de petites villes sur la côte, où vous serez hébergés en attendant un transfert vers la Suède. Il n’y a aucune raison de paniquer, si chacun attend son tour calmement, tout se passera bien. A présent, prions… »
Le premier camion ne tarda pas à arriver. Il fut réservé au mères de famille nombreuses. A un rythme soutenu, ils défilèrent les uns après les autres. Je pris avec mes enfants, mais sans mon mari le septième camion. Je me demandai si je reverrai jamais Peter. J’avais cependant des pensées plus urgentes qui se précipitaient dans mon esprit alors que je grimpai dans le véhicule. Qu’allait-il se passer ? Comment allais-je me cacher dans cette ville où je ne connaissais personne ? Allions-nous un jour revoir Copenhague et notre maison ? Et si nous croisions une troupe allemande ?  J’essayai difficilement de cacher mes angoisses à mes enfants déjà bien assez terrifiés. Bientôt nous débarquâmes dans la petite ville d’Helsingor, une des plus proches de Suède par la côte. Nous fûmes dispersés par petits groupes de vingt. Mené par un membre de la résistance nous nous arrêtâmes devant cinq maisons, et à chaque fois une famille y fut installée et cachée par les habitants. Je fus ainsi confiée à une petite famille danoise bien semblable à la mienne. Ils avaient aussi deux petits garçons. Ils nous avaient préparé trois couchettes dans leur cave. Je crois que ce soir là, je ne fus qu’à deux doigt de m’effondrer en larme, de peur et de reconnaissance. Nous risquions tous notre vie. Je passai la nuit sans dormir, après avoir donné tous les sandwichs à mes enfants, très rassurés à présent qu’ils avaient un toit sur leur tête, plus tout à fait conscients du danger qui continuait nous guetter. Dès le lendemain, notre guide de la veille vint nous chercher pour prendre le bateau qui nous conduirait en Suède, notre refuge. Une fois de l’autre côté de ce petit bras de mer, je soufflai enfin. Dans ce pays neutre et calme, les allemands ne viendraient pas nous chercher. A nouveau accueillis dans une famille, je passais la fin de la guerre dans un calme relatif, à faire de mon mieux pour me rendre utile auprès de ceux qui sauvaient ma vie, et celle de mes enfants. Quelques semaines après mon arrivée j’eu l’immense bonheur de retrouver mon Peter. Ainsi nous avions tous été sauvés. Tous les soirs, je cherchais mes mots pour remercier dieu de cet incroyable miracle.

Deux ans plus tard, ce fut dans une atmosphère de grande allégresse que nous allions faire le chemin inverse pour rentrer chez nous. Je retrouvais ma maison dans l’état où je l’avais laissée. Ni destruction, ni pillage. Une voisine avait même laissé devant la porte un petit message de bienvenue…



par Jess publié dans : Nouvelles
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Vendredi 6 juillet 2007
Cracovie


    Hannah retrouvait après cinquante ans d’exil Jozesof, le quartier de son enfance. Un vent glacé soufflait sur les rues tristes et abandonnées du ghetto de Cracovie. Il pénétrait à travers ses vieux vêtements usés, faisant frissonner ses membres raides et noués. Il n’était que six heures du soir, mais dernière les nuages sombres et presque noirs qui alourdissait le ciel, le soleil semblait avoir déjà disparu. Autours d’elle, calme et silence. Tout était mort. Un éclair soudain. Il illumina un instant la place du marché, la brume prenant tout à coup une couleur blanche légèrement argentée. Un arbre sans feuille, noir, et dont les branches semblaient s’élever vers les cieux en une sourde prière lui apparut l’espace d’une fraction de seconde. Derrière, elle crut apercevoir comme une ombre familière. Puis tout redevint sombre. Elle s’approcha de l’arbre, en fit le tour, mais ne vit personne. Pourtant, inconsciemment, elle sentait une présence. Elle observait les alentours, aux aguets du moindre bruit ou mouvement. Tout restait désespérément silencieux et calme.
    Puis soudain, un bruit de chute, quelqu’un venait de trébucher pas loin. Elle courut vers la rue d’où semblait émaner ce mouvement. Mais rien. Si, une ombre au loin, au coin de la rue. Elle la poursuivit. Elle courait malgré le froid qui lui glaçait les os, malgré la brume et ses yeux malades, malgré son cœur fragile et son souffle court. Elle courait vers une ombre qu’elle ne distinguait qu’à peine, sans même savoir qui elle poursuivait comme cela. Un instinct, une pulsion incontrôlable la menait à travers les rues étroites du ghetto, à l’ombre des maisons blanches et propres, des maisons vides où jadis tant de gens avaient vécu. L’ombre sembla entrer dans un petit café sombre et abandonné. Elle hésita à entrer. Elle eut peur soudain. Pourquoi tenait-elle tant à voir cette personne ? Qui poursuivait-elle au juste ? Que faisait-elle là perdue dans cette ville fantôme, qui fut celle de son enfance ? Tous les gens qui y avait vécu et qu’elle avait aimé étaient morts ou bien loin. Il ne restait plus rien. Que venait-elle donc chercher ici ?
    Elle resta un instant sans bouger, hésitante. Puis poussé par le froid terrible de cette soirée d’hiver elle se décida à entrer. L’établissement semblait désert. De petites tables noirs et tristes n’étaient illuminés que par la faible lumière de quelques chandelles. Pas un client. Elle faillit partir en courant. Mais quelque chose la poussa à pénétrer dans la salle et à en faire le tour. Elle vit alors sur une vielle armoire en bois sculpté un miroir luisant d'une manière étrange, peu naturelle. Sur ce miroir elle eut du mal  reconnaître son reflet. Ses grands yeux bleus écarquillés par l’effroi répondait bien à son regard. Mais le visage n’était pas ridé, les cheveux, coupés court au carré, étaient d’un jolie blond clair et lumineux. C’était une petite fille. C’était elle petite fille. Elle ouvrit la bouche de stupeur, d’incompréhension. Je suis complètement folle. La petite fille se mit à lui parler:
" Rejoins moi...
- Où? demanda Hannah, blanche de terreur.
- De l'autre côté du temps, je t'y attend depuis longtemps. N'ai pas peur, tout ira bien. Il n'y a plus rien à craindre ici."
La petite fille avait une belle voix, comme elle, et semblait heureuse et sereine. Hannah ferma les yeux et passa à travers le miroir.

Le lendemain, la police polonaise récupérait le corps d’une vielle dame dans la salle d’un café abandonné du vieux ghetto. Personne ne sut jamais la cause de sa mort.
par Jess publié dans : Nouvelles
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Lundi 25 juin 2007
Une vie


Il ouvrit les yeux, tout à son bonheur. En cette chaude soirée d’été, il découvrait pour la première fois le charme voluptueux de l’amour charnel. Il laissa retomber son corps, moite encore de son désir, sur des draps défaits et humides. Il frôla de près sa partenaire immobile, qui semblait retenir une seconde encore la sensation de son propre plaisir.
Il se leva, et prit une douche fraîche, qui le raguailllardit. Puis il se préparara pour ramener sa fiancée vers le lit chaste qui l’attendait dans la maison de ses parents. Plus que quelques jours et ils se marieraient. Par un goût du paradoxe qu’ils appréciaient tous deux, ils avaient voulu cette nuit de noce avant l’heure. Peut-être en rebellion contre le cercle familial trop catholique, fervent, et borné. Peut-être pour le simple bonheur de ne pas obéir aux conventions. Peut-être tout simplement parce qu’ils en avaient trop envie. Peut-être tout cela à la fois. Fier et heureux, il porta sur sa femme un regard plein de fièvre et d’amour.
Ils prirent la voiture. La nuit était belle, il ne pensait plus à rien. Pas même au camion devant lui qui s’écrasa sur eux en un éclair.

Il ouvrit les yeux tout à sa douleur. Il ne voyait rien. Il n’entendait rien. Il ne sentait rien, à part son corps qui le torturait torturait torturait…  Le néant. Le vide. Mais pas la mort. Un lit. Le plafond, blanc. Une femme. La même femme. Encore la même femme, mais elle semblait plus vieille à présent. Et puis plus rien. Le temps. Rien ne se passe. L’espace d’un instant, un instant, plus d’espace.

Il ouvrit ses yeux tout à son malheur. Il était dans une chambre d’hôpital. Cela il le sut à l’instant, à l’odeur. Une dame à l’air calme et triste était à son chevêt. Il ne comprenait pas. Puis il prit conscience de son corps. Il porta les yeux sur ses bras, et découvrit deux os blancs recouverts de peau,sur lesquels s’entrelaçaient de longues veines bleues.
«  Où suis-je ? » articula-t-il d’une voix chevrotante qui sonna faux à ses propres oreilles. La dame bondit, et le regarda les yeux exhorbités.
«  Ce n’est pas possible, je rêve ! Cela ne peut être vrai »
Elle baguayait, semblait effrayée. Ils se regardèrent un instant hébétés. Il observa à nouveaux ses membres, puis regarda son torse, leva ses draps et vit ses jambes. Son corps semblait celui d’un vieil homme malade. Puis il étudia les traits de cette femme, à qui il faisait si peur. Ils lui rappellaient ceux d’une autre personne, d’une fille qu’il aimait tendrement. Un terrible pressentiment le prit alors. Une panique intense, une angoisse infernale, qui ne peut se décrire. Respirant soudain plus vite, bientôt à court de souffle, il parvint cependant à demander :
« Chris c’est toi ? »
Et la vieille dame fondit en larme.
« Oui… »
par Jess publié dans : Nouvelles
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Mercredi 30 mai 2007
Adieu
 
Il était tard. Une heure du matin, deux heures peut-être. Autour d’elle, personne. Pas un bruit, pas un mouvement. Tout était calme et paisible. Elle marchait sur le port, et observait les lumières de la ville. En face d’elle, de l’autre côté du bras de mer, cinq bâtiments de verre se reflétaient sur l’eau. Ils illuminaient cette nuit claire de leur douce lumière orangée. Elle s’arrêta un instant, comme hypnotisée par cette vue. C’était à la fois beau et triste. Un profond sentiment de paix la pénétra et se répandit le long de son corps. C’était comme si soudain tous ses muscles s’étaient détendus, comme si pour la première fois depuis une éternité elle respirait normalement. Elle était bien. Seule, elle volait à la vie un instant de beauté pure, de bonheur simple. Une page de sa vie se tournait, c’était la dernière fois qu’elle errerait ainsi dans ces lieux. Elle allait tout quitter, et ne plus jamais revoir ceux avec qui elle avait partagé tant de temps. Pas de remords, pas de regrets. Pas même de tristesse… En ce dernier soir, un adieu solitaire, un adieu à la ville, serein.
Elle se remit à marcher, Copenhague avait en son honneur revêtu ses plus beaux atours. Elle dirigea son regard vers le petit port de Christianhavn, et la beauté mélancolique du lieu la figea sur place. Une lumière pâle se répandait sur l’étroit canal, donnant aux voiliers un air fantomatique. La petite flotte translucide semblait devoir s’envoler d’un instant à l’autre vers les contrées irréelles de ses rêves. Au loin, la lune, pleine et ronde se cachait malicieusement derrière le clocher de l’hôtel de ville. Doucement, les deux sphères oranges et sombres ne firent plus qu’une, l’astre disparaissant derrière le cadran de la tour. Elle avait l’impression d’avoir fait comme un retour dans le temps. Les petites maisons de bois qui bordaient le canal, le clocher de la ville au loin, les bateaux sur le port, tout semblait la ramener un siècle auparavant.
Elle s’assit un instant. Encore une fois, elle était sur le point de démarrer une nouvelle vie, ailleurs. Elle cherchait en elle un sentiment de tristesse et de déchirement qu’elle ne trouva pas. Elle ne comprenait pas cette indifférence, cet éloignement qu’elle avait par rapport à sa propre situation. Elle pensa à tout ce qu’elle allait quitter, à ce qui lui manquerait sans doute. Puis elle réfléchit à ce qui l’attendait là bas, plus loin dans le temps et l’espace. De nouveaux endroits, de nouvelles connaissances, des expériences encore différentes ? La découverte de l’inconnu l’attirait toujours autant et ne l’effrayait plus. Elle savait que la plupart de ceux qu’elle avait côtoyés disparaîtront bientôt de sa vie, elle en avait pris l’habitude. Mais elle savait aussi que d’autres la suivraient dans cette nouvelle période, comme ils l’avaient fait jusqu’à présent. Près ou loin, ils seront toujours à ses côtés. Ceux qui comptent réellement dans une vie se comptent en générale sur les doigts de la main. Mais ce sont eux qui nous donnent la force d’avancer, une raison d’exister.
par Jess publié dans : Nouvelles
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Mes nouvelles

 

 

 

En Israel: Nuit Blanche à Tel aviv

En Allemagne: Nuit de noce?

Au Danemark: Amour ou amitié

                            Un adieu

En Australie: Une prière

En France: Etrange

                    Juliette as-tu du coeur?

                    Une vie

Sur l'île Crozet: Nuit claire, Neige éternelle

Sur le Tallink: Homo Erasmus et grand amour

En Autriche: Vienne

En Pologne: Cracovie
Dans un monde utopique: TAGM en Argensilia

Sur la toile: Miss K

Ma préférée: Un tour du monde: Dieu est-il mort?

 

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