Samedi 10 mars 2007
Tartuffe aux grosses moustaches en Argensilia


Il était une fois, en la belle contrée d’Argensilia, dans le petit village de Chiliona, un jeune garçon ambitieux nommé Candido. Sérieux et travailleur, Candido faisait de son mieux pour faire prospérer la ferme qu’il avait hérité de son père. Il voulait faire de son champs le plus riche et le mieux cultivé du village. Tous les matins, il se levait avant le soleil pour prendre soin de ses plans de canne à sucre, et ne rentrait que tard le soir, une fois toutes ses tâches accomplies. Ainsi, d’années en années à force de travail et de persévérance, Candido était parvenu à acquérir l’estime de tous ainsi que la richesse.

Un soir de grande tempête, Candido dû malgré tout prendre la route pour la Ville car le lendemain était jour de marché et il devait y négocier la vente de sa récolte. Luttant contre vent et pluies et torrentielles il marcha donc la plus grande partie de la nuit. Une fois arrivé, il alla dormir quelques heures dans un petit hôtel et fut surpris de le voir quasiment vide. Le lendemain, son étonnement se mua en stupeur puis en désespoir.  Son hôtel n’était pas le seul à être vide, à vrai dire, pas un riche marchand ne s’était déplacé. Seul les plus pauvres, les marchands locaux se trouvaient présents, et proposaient aux paysans des prix tout à fait ridicules pour leur récoltes. Candido ne comprenait pas ce qui se passait. Il passa la journée à errer dans la ville, à la recherche d’une affaire sinon avantageuse, en tout cas au moins raisonnable. Rien ne se présenta à lui, il se retrouva à la fin de la journée sans  avoir vendue la moindre canne à  sucre. Honteux et malheureux, il reprit alors le chemin de son village, atterré de son échec.

A Chiliona, le malheur de Candido fut vite connu de tous. Chacun s’effraya. Si même le jeune garçon travailleur et malin ne pouvait vendre sa récolte alors qui pourrait bien le faire ? Tout le monde allait se retrouver avec des tonnes de sucre inutile et rien à manger à part ça. Dans l’espoir de trouver une solution à cette terrible crise, les sages du village décidèrent de réunir un grand conseil : le chef du village, le guérisseur, le maître des saisons ainsi que les chefs de famille, dont Candido se retrouvèrent tous à la Grande Table. Le chef s’était renseigné sur l’inexplicable absence des marchands, et avaient entendu que c'était à cause des paysans de l’Union du Nord, qui grâce à l’argent donné par leurs chefs pouvaient vendre leurs produits à des prix inférieurs de ceux qu’ils ont coûté à produire. Candido trouvait cela très étrange. Pourquoi les chefs de l’Union du Nord donnaient-ils à leur paysans de l’argent pour pouvoir vendre leur produits artificiellement bas. A quoi cela servait-il donc, alors qu’ils avaient tant d’autres sources de richesse ? Tous les chefs de familles se trouvaient dans la même incompréhension. Ils s’interrogeaient, criaient, trépignaient, s’énervaient, ce qui produisit un brouhaha rapidement insupportable.

 Le chef frappa alors très fort de sur la table avec son bâton pour rétablir le calme.

 « J’ai une proposition à vous faire, cria-t-il pour mieux se faire entendre. Dans notre capitale d’Arginia, un émissaire de l’Union du Nord est venu pour nous aider à surmonter la crise. On le nomme Tartuffe aux grosses moustaches, j’aimerai qu’un volontaire s’y rende pour entendre ses préceptes.
- Je veux bien y aller, répliqua Candido, je suis bien curieux d’entendre les conseils de cet envoyé de l’Union du Nord ».

Candido pris donc la route de la capitale et y arriva promptement, en à  peine deux jours de marche. Arginia était en pleine effervescence. Partout s’élevaient de grandes pancartes à l’effigie de Tartuffe aux grosses moustaches (TAGM). Candido lui trouva un air plutôt sympathique, avec sa chemise verte, son béret, sa pipe et ses grosses moustaches noirs. Il alla sur l’immense place du marché où se trouvaient l’estrade sur laquelle TAGM devait venir prononcer un discours puis répondre aux questions des participants. La place, immense était noire de monde. Tant bien que mal, Candido se fraya un chemin dans la foule pour parvenir au premier rang. Il savait que c’était le seul moyen de se faire entendre. TAGM se présenta à peu près au moment Candido arrivait face à l’estrade. C’était un homme de forte prestance, pas vraiment grand, mais puissant sans être gros, il émanait de lui une grande force de caractère. Tout de suite la foule fut subjuguée et applaudissements et hurrahs accompagnèrent son entrée en scène. TAGM attendit quelques minutes que le silence se fasse pour prendre la parole.


« Chers amis d’Argensilia, vous connaissez aujourd’hui une grande crise. Les riches marchands des Etats du Nord ont importé chez vous des fabriques à grande échelle où ils vous exploitent ! Dites non aux Etats du Nord, ce sont des colonisateurs, des exploiteurs, des capitalistes assoiffés d’argent. Ils sont venus profiter de votre pauvreté et ne repartiront de votre pays qu’une fois que vous tous seraient morts d’épuisement et que vos terres seront ruinées par leurs pillages ! Mettez fin à l’impérialisme capitaliste de ses monstres enrragés ! Révoltez-vous ! Renvoyez les de chez vous ! »

Candido observa autour de lui, tout le monde semblait convaincu par ce discours. Il applaudissait à tout rompre… Candido pourtant restait sceptique. Les ouvriers des grandes fabriques des Etats du Nord avaient certes un travail ennuyeux, mais avaient deux jours de repos par semaine et un salaire stable suffisant pour nourrir leur famille. Lui n’avait pas de vacances, et la concurrence déloyale des paysans le l’Union du Nord était en train de littéralement le ruiner… Bientôt il n’aurait même plus de quoi se nourrir lui même.

Quand à la fin de son discours TAGM demanda s’il y avait des questions, Candido fut le premier à lever le bras, et pu ainsi exposer son problème.

«  Voilà, à cause des aides versés par vos chefs,  vos paysans peuvent vendre du sucre à des prix artificiellement bas, qui sans ces aides seraient impossibles à tenir. Vous vendez le sucre moins cher qu’il ne coûte à produire, rendant le marché internationale inaccessible pour les pauvres paysans comme moi. Avez-vous une solution ? Vous venez de l’Union du Nord, vous devez être le mieux informé sur le problème.
- Mon ami, répondit Tartuffe aux grosses moustaches, il y a chez nous des paysans comme toi qui ne pourraient supporter la concurrence des producteurs de ton pays. Tu comprends le sucre est moins cher à produire ici, car la Terre d’Argensilia est absolument parfaite pour cette production. Pas besoin ni d’engrais, ni de pesticide, pas d’employés extérieurs à payer. Pour ne pas que nos paysans perdent leur emploi, nous sommes obligé de les soutenir financièrement.
- Mais l’Union du Nord est riche, vous possédez de nombreuses grandes fabriques, vos paysans pourraient faire autre chose. Ici, notre seul moyen de vivre est l’agriculture, si vous nous empêchez d’entrer le marché nous ne pourront plus cultiver et seront bien obligés d’aller travailler dans les fabriques des Etats du Nord. Nous serons même bien contents de les trouver. »

TAGM ne savait que répondre. Il resta un instant sans voix, il ne pensait pas trouver parmi la population de l’Argensilia, région pourtant sous-développée, quelqu’un capable de si bien comprendre la situation.

«  Mon ami, finit-il par dire après mûres réflexions, tu ne comprends pas bien, je ne suis pas ton ennemi. Je suis ton ami, venu pour t’aider à te débarrasser de la domination des Etats du Nord. C’est contre eux que tu dois exercer ta fureur, nous ne voulons que votre bien. D’ailleurs la meilleure preuve est que je suis venue les mains pleines, une enveloppe pleine d’or rien que pour vous. »
Candido ne pu s’empêcher de se dire qu’il n’était pas la peine de donner d’une main de l’argent que l’on reprenait de l’autre en les empêchant de vendre leur productions. Mais il semblait malheureusement le seul à penser ainsi. Autours de lui, tous se précipitèrent pour aller chercher l’or de TAGM.

Candido ne rentra pas au village, mais resta en ville. Il loua une petit mansarde pour loger sa famille et termina sa vie ouvrier dans une des fabriques des Etats du Nord.
par Jess publié dans : Nouvelles
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