Lundi 25 juin 2007
Une vie


Il ouvrit les yeux, tout à son bonheur. En cette chaude soirée d’été, il découvrait pour la première fois le charme voluptueux de l’amour charnel. Il laissa retomber son corps, moite encore de son désir, sur des draps défaits et humides. Il frôla de près sa partenaire immobile, qui semblait retenir une seconde encore la sensation de son propre plaisir.
Il se leva, et prit une douche fraîche, qui le raguailllardit. Puis il se préparara pour ramener sa fiancée vers le lit chaste qui l’attendait dans la maison de ses parents. Plus que quelques jours et ils se marieraient. Par un goût du paradoxe qu’ils appréciaient tous deux, ils avaient voulu cette nuit de noce avant l’heure. Peut-être en rebellion contre le cercle familial trop catholique, fervent, et borné. Peut-être pour le simple bonheur de ne pas obéir aux conventions. Peut-être tout simplement parce qu’ils en avaient trop envie. Peut-être tout cela à la fois. Fier et heureux, il porta sur sa femme un regard plein de fièvre et d’amour.
Ils prirent la voiture. La nuit était belle, il ne pensait plus à rien. Pas même au camion devant lui qui s’écrasa sur eux en un éclair.

Il ouvrit les yeux tout à sa douleur. Il ne voyait rien. Il n’entendait rien. Il ne sentait rien, à part son corps qui le torturait torturait torturait…  Le néant. Le vide. Mais pas la mort. Un lit. Le plafond, blanc. Une femme. La même femme. Encore la même femme, mais elle semblait plus vieille à présent. Et puis plus rien. Le temps. Rien ne se passe. L’espace d’un instant, un instant, plus d’espace.

Il ouvrit ses yeux tout à son malheur. Il était dans une chambre d’hôpital. Cela il le sut à l’instant, à l’odeur. Une dame à l’air calme et triste était à son chevêt. Il ne comprenait pas. Puis il prit conscience de son corps. Il porta les yeux sur ses bras, et découvrit deux os blancs recouverts de peau,sur lesquels s’entrelaçaient de longues veines bleues.
«  Où suis-je ? » articula-t-il d’une voix chevrotante qui sonna faux à ses propres oreilles. La dame bondit, et le regarda les yeux exhorbités.
«  Ce n’est pas possible, je rêve ! Cela ne peut être vrai »
Elle baguayait, semblait effrayée. Ils se regardèrent un instant hébétés. Il observa à nouveaux ses membres, puis regarda son torse, leva ses draps et vit ses jambes. Son corps semblait celui d’un vieil homme malade. Puis il étudia les traits de cette femme, à qui il faisait si peur. Ils lui rappellaient ceux d’une autre personne, d’une fille qu’il aimait tendrement. Un terrible pressentiment le prit alors. Une panique intense, une angoisse infernale, qui ne peut se décrire. Respirant soudain plus vite, bientôt à court de souffle, il parvint cependant à demander :
« Chris c’est toi ? »
Et la vieille dame fondit en larme.
« Oui… »
par Jess publié dans : Nouvelles
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