Mercredi 30 mai 2007
Adieu
 
Il était tard. Une heure du matin, deux heures peut-être. Autour d’elle, personne. Pas un bruit, pas un mouvement. Tout était calme et paisible. Elle marchait sur le port, et observait les lumières de la ville. En face d’elle, de l’autre côté du bras de mer, cinq bâtiments de verre se reflétaient sur l’eau. Ils illuminaient cette nuit claire de leur douce lumière orangée. Elle s’arrêta un instant, comme hypnotisée par cette vue. C’était à la fois beau et triste. Un profond sentiment de paix la pénétra et se répandit le long de son corps. C’était comme si soudain tous ses muscles s’étaient détendus, comme si pour la première fois depuis une éternité elle respirait normalement. Elle était bien. Seule, elle volait à la vie un instant de beauté pure, de bonheur simple. Une page de sa vie se tournait, c’était la dernière fois qu’elle errerait ainsi dans ces lieux. Elle allait tout quitter, et ne plus jamais revoir ceux avec qui elle avait partagé tant de temps. Pas de remords, pas de regrets. Pas même de tristesse… En ce dernier soir, un adieu solitaire, un adieu à la ville, serein.
Elle se remit à marcher, Copenhague avait en son honneur revêtu ses plus beaux atours. Elle dirigea son regard vers le petit port de Christianhavn, et la beauté mélancolique du lieu la figea sur place. Une lumière pâle se répandait sur l’étroit canal, donnant aux voiliers un air fantomatique. La petite flotte translucide semblait devoir s’envoler d’un instant à l’autre vers les contrées irréelles de ses rêves. Au loin, la lune, pleine et ronde se cachait malicieusement derrière le clocher de l’hôtel de ville. Doucement, les deux sphères oranges et sombres ne firent plus qu’une, l’astre disparaissant derrière le cadran de la tour. Elle avait l’impression d’avoir fait comme un retour dans le temps. Les petites maisons de bois qui bordaient le canal, le clocher de la ville au loin, les bateaux sur le port, tout semblait la ramener un siècle auparavant.
Elle s’assit un instant. Encore une fois, elle était sur le point de démarrer une nouvelle vie, ailleurs. Elle cherchait en elle un sentiment de tristesse et de déchirement qu’elle ne trouva pas. Elle ne comprenait pas cette indifférence, cet éloignement qu’elle avait par rapport à sa propre situation. Elle pensa à tout ce qu’elle allait quitter, à ce qui lui manquerait sans doute. Puis elle réfléchit à ce qui l’attendait là bas, plus loin dans le temps et l’espace. De nouveaux endroits, de nouvelles connaissances, des expériences encore différentes ? La découverte de l’inconnu l’attirait toujours autant et ne l’effrayait plus. Elle savait que la plupart de ceux qu’elle avait côtoyés disparaîtront bientôt de sa vie, elle en avait pris l’habitude. Mais elle savait aussi que d’autres la suivraient dans cette nouvelle période, comme ils l’avaient fait jusqu’à présent. Près ou loin, ils seront toujours à ses côtés. Ceux qui comptent réellement dans une vie se comptent en générale sur les doigts de la main. Mais ce sont eux qui nous donnent la force d’avancer, une raison d’exister.
par Jess publié dans : Nouvelles
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander

Mes nouvelles

 

 

 

En Israel: Nuit Blanche à Tel aviv

En Allemagne: Nuit de noce?

Au Danemark: Amour ou amitié

                            Un adieu

En Australie: Une prière

En France: Etrange

                    Juliette as-tu du coeur?

                    Une vie

Sur l'île Crozet: Nuit claire, Neige éternelle

Sur le Tallink: Homo Erasmus et grand amour

En Autriche: Vienne

En Pologne: Cracovie
Dans un monde utopique: TAGM en Argensilia

Sur la toile: Miss K

Ma préférée: Un tour du monde: Dieu est-il mort?

 

Catégories

Blog : People sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus